Les dad and mom haïtiens ne veulent que l’excellence pour leur progéniture. Au prix de sacrifices inouïs, la mère et le père se tournent vers ce qu’ils croient être une éducation de « qualité » pour leurs enfants. Pourtant, une école huppée, aussi prestigieuse soit-elle, ne saurait à elle seule sceller la réussite des élèves. D’autres paramètres, plus discrets mais tout aussi essentiels, méritent d’être éclairés.
Il fut un temps, où l’apprentissage scolaire en Haïti reposait sur des châtiments d’une sévérité crue. Les sévices corporels constituaient la méthode reine pour enfanter le savoir. On fouettait l’élève pour un retard, un devoir oublié, une leçon mal sue. Ces pratiques, s’effacent peu à peu devant des punitions d’une autre nature : recopier des lignes à l’infini, s’agenouiller de longues minutes, ou rester confiné après le départ des autres.
Aujourd’hui, les réflexions sur les meilleures approches d’apprentissage tentent de marier l’environnement scolaire à la réalité vivante des apprenants. Dans un outil d’une grande finesse psychologique, le spécialiste en éducation Jean-François Michel esquisse sept profils d’apprentissage, afin d’encourager des méthodes pédagogiques taillées sur mesure pour chaque kind d’élève.
Jean-François défend une idée lumineuse : nous apprenons tous différemment, et aucune méthode pédagogique distinctive ne peut embrasser cette diversité. Il prône donc une approche versatile, dynamique, qui s’ancre dans le réel de chacun. Une école idéale pourrait certes réunir toutes les situations pour encadrer chaque profil. Mais, en prenant simplement conscience de cette diversité, les établissements scolaires deviendront plus aptes à accompagner ces différents visages de l’apprentissage.
En Haïti, colloques et symposiums éducatifs abordent souvent des questions stratégiques, dit-on. Trop souvent, elles restent d’ordre administratif : allocations de l’État aux écoles privées, organisation des examens officiels. Chacun sait pourtant que l’enseignement, à tous les niveaux, est largement aux mains du secteur privé. Ainsi, inconceivable de garantir la gratuité de l’éducation, pourtant inscrite dans la Structure haïtienne de 1987 révisée.
Les rares initiatives visant à redynamiser le système éducatif haïtien vivent peu. Si elles ne cadrent pas avec les politiques éducatives d’un groupe influent, elles jaunissent dans les tiroirs du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Automobile, l’éducation reste avant tout, ici, une filière commerciale.
Vu sous cet angle, l’offre scolaire vise davantage la rentabilité que l’épanouissement des apprenants. La promiscuité devient une norme dans certains centres. Plus la demande est forte, plus les salles de classe étouffent sous leur trop-plein. Et dans ces murs sans souffle, l’enseignant ne dispose que de maigres moyens pour suivre chaque élève, pour guetter ses progrès… ou ses silences.
Haïti peine à faire de l’éducation un socle. La formation des futurs dirigeants du pays reste aux mains de normaliens frustrés, exclus d’un système qui les ignore, et qui doivent se battre pour arracher une easy place dans un lycée.
